Balance ton porc : quand la parole (se) libère

Balance ton porc : quand la parole (se) libère
22 Nov 2017

Derrière le hashtag #BalanceTonPorc de Tweeter (Balance Ton Porc) à l’allure d’une traînée de poudre, combien de secrets encore tus ? Notamment par des hommes battus, violés par des femmes et confrontés au fantasme d’une société encore trop complaisante avec ce sujet. Plus que jamais il faut parler.

#balancetonporc : j’avais 18 ans, c’était un kiné

Au téléphone, à mon cabinet, par SMS ou message privé, chaque jour je reçois la dénonciation d’un viol, d’un abus sexuel, d’attouchements. Ils sont relatés par des amis, des collègues, des clients. Et moi-même je me souviens.

balance ton porc toucher des seinsLe flot de la parole qui se libère m’a remis en mémoire cet épisode douloureux : je viens d’avoir 18 ans, et les suites d’un accident de voiture m’ont conduite chez un kinésithérapeute. Je suis là pour un mal de dos, mais il me demande de retourner, il me masse les seins. Je ne comprends pas et je suis mal à l’aise. Je voudrais que cela cesse. Je pense : « j’ai mal au dos, pourquoi il fait ça ? ». Pour me rassurer, je me répète que c’est un professionnel, un « médecin », un référent, qu’il doit savoir. Pourtant, j’ai envie de fuir. Mais je ne bouge pas et je me tais. La séance de kiné finie, je me rhabille vite, et je pars en courant. Je ne dirai rien. Trop honte. Aujourd’hui, je me fais l’effet d’un animal pris dans les phares d’une voiture et je comprends pourquoi…

La violence faite aux hommes

Alors quand la parole se libère, (mes articles sur Eros et Thanatos de 2006 – voir les commentaires) c’est avec d’autant plus d’empathie que je l’écoute. Et la parole des hommes, plus discrète, ne m’est pas moins douloureuse à entendre. Abusés par d’autres hommes, par des femmes, lorsqu’ils étaient adolescents ou adultes, ils sont eux aussi marqués dans leur chair.

balance ton porc, les hommes sont aussi des victimes d'abusL’un d’entre eux m’a confié, dans mon cabinet de consultation, il y a quelques jours ce qui lui était arrivé. A 16 ans, il avait subi les « attouchements » d’une femme, la mère de l’un de ses amis chez qui il dormait. Endormi, sous ses caresses, son sexe s’était érigé, elle s’était assise sur lui, avait bougé. C’était un viol, selon la définition du code pénal : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. » Il ne le savait pas, mais percevait que ce n’était pas juste. De cet abus, il a du mal avec le mot viol, il n’avait touché mot à personne. Trop honte. D’ailleurs que ne lui aurait-on pas dit alors : « quelle chance tu as ! Être initié par une femme plus âgée, c’est vraiment trop cool ! »

Comment pourrait-il se plaindre de voir se réaliser le fantasme de notre société ? ! Pour lui, la peine était double. Alors il s’est muré dans le silence. Son idée romantique de l’amour venait de se fracasser contre le désir prédateur d’une femme mûre qui prend sans consentement.

Aujourd’hui, il suit une thérapie pour rompre avec son aversion envers la gent féminine. Parce qu’une grande part de lui le « protège » de s’investir dans des relations à long terme, de peur qu’une femme encore profite de lui, l’utilise à son insu.

Redevenir actrice/acteur de sa vie

Le hashtag « balance ton porc » est certes violent, mais c’est une catharsis. Il permet de faire sortir de soi ces secrets cadenassés, de mettre des mots sur le traumatisme.

Un traumatisme psychique (la cause d’un trauma, d’une blessure au système) se produit en effet suite à une menace perçue comme grave pour la vie ou pour l’intégrité psychique ou physique. La personne y réagit avec effroi, stupeur et dans un sentiment d’impuissance / d’incompréhension (cela n’a aucun sens), ensuite l’événement effrayant reste non intégré au psychisme, revenant de façon non contrôlée dans des sensations de réminiscence ou comme menace imminente diffuse et non définie, d’où la sensation d’angoisse.

Ce # permet d’expulser sa colère, la faire sortir, la nommer, être entendu.e permet de commencer le travail de réparation puis de réconciliation et de pardon envers soi-même. En agissant, la victime d’abus, homme ou femme, retrouve sa puissance. Redevient actrice/acteur de sa vie.

parler pour guérirLa force des mots, de la parole, de la voix c’est de donner à entendre/à lire que l’on n’est pas seul(e). Prise de conscience, prise de parole, c’est le début de la réparation.

C’est enlever ce manteau de la honte qui ne nous appartient pas et le poser sur d’autres épaules, celles de l’agresseur par exemple, celles des personnes qui jugent. Étouffant manteau qui pue ! Qui fait croire que l’on est LE ou LA coupable de ce qui nous arrive. Car c’est bien connu : tu n’aurais pas dû faire ceci, cela, t’habiller comme ci, comme ça. Manteau souvent accompagné de la culpabilité aussi…

Être entendu par des témoins, entendre sa voix résonner permet de se rendre compte que l’on est soutenu, qu’il y a un écho. Enfin on est cru. La porte du pardon à soi s’ouvre alors.

Les dommages collatéraux de « Balance Ton Porc »

un sablier : ralentir le mouvement à la pénétrationLa catharsis qui se joue a aussi des effets dévastateurs.

Des erreurs sont commises qui ont des conséquences graves. Tel homme ou femme injustement mis(e) en cause voit sa vie soudain brisée. Car le cerveau sait aussi nous mener en bateau. Nous faire croire que ce qui arrive aux autres est arrivé à soi alors qu’il n’en est rien.

Pour éviter ces épouvantables dommages collatéraux, il convient de prendre le temps. De vérifier avant de balancer un nom.

Car nommer n’est jamais innocent…

Et si l’on donnait enfin aux enfants des cours d’éducation au respect ?

Il faudrait désormais que les hommes et les femmes apprennent à poser leurs limites.education au respect dès l'école

Apprennent à fixer le périmètre intouchable qui a besoin de sécurité et de confiance. Cela fait aussi partie des stages Tantra que je propose, trouver et faire l’expérience de cette conscience de la limite invisible, psychique et pourtant si physique lorsque que quelqu’un s’approche de votre périmètre de sécurité…

Dire non n’est pas facile. Cela s’apprend.

Et devrait s’enseigner dès le plus jeune âge lors des cours d’éducation civique. Des cours qui pourraient aussi bien être appelés cours d’apprentissage du respect de soi et des autres.

Dans la même foulée, il serait si bon que les abuseurs soient aussi pris en charge. Pour apprendre que le corps de l’autre n’est pas un bien que l’on s’approprie.

Si vous avez besoin de parler, pour prendre un RDV par Skype ou à mon cabinet vers Grasse ou à Paris, dans le 15ème, cliquer sur : CONSULTATION

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Nathalie Giraud Sexotherapeute
Nathalie Giraud Sexotherapeute

commentaires

  1. Merci Nathalie pour cet article. Déjà parce qu’il aborde, comme tu le dis le sujet des violences faites aux hommes mais aussi parce qu’il est posé et dénué de tout émotionnels egotique.
    Ca fait du bien !

    Je suis le premier à demander, souhaiter et même parfois un peu trop pousser pour que les maux soient ex-primer, mis en dehors de nos corps. La violence si elle est rentrée doit ressortir mais hélas dans notre beau monde la complaisance envers soi (dans un sens ou dans l’autre) vient biaiser la libération.
    Nous avons trop souvent la facheuse tendance à nous attacher à nos douleurs, à les cultiver et à vivre dessus voire grâce à elle.
    Exister en haïssant ce n’est pas vivre à peine survivre, c’est parfois nécessaire, c’est trop souvent une fin en soi.
    Ca ne touche pas que le # cité dans ton article mais tout la gamme des relations / communications avec le monde, humains ou autres.
    Il est tellement plus facile, mais plus douloureux aussi, de vivre contre, d’avoir un ennemi que de faire la paix sans pour autant nier ou refouler.

    Encore une fois merci pour cet article que je partage subito …
    bon c’est 4h du mat dsl pour le relais moisi mais bon les insomniaques aussi ont le droit de le lire 😉

  2. Nathalie Giraud Sexotherapeute Nathalie Giraud Sexotherapeute affirme: février 27, 2018 at 10:48

    Bonsoir Renaud à la plume insomniaque, je te remercie pour ton partage.
    C’était important pour moi d’inclure les mots d’hommes aux mots des femmes.

    Les maux ex-primés, « mis en dehors de nos corps » comme tu le soulignes permettent de passer de « je subis » à « je choisis » pour commencer le processus de réparation et « faire la paix sans pour autant nier ou refouler ».

    • Aujourd’hui malheureusement ça été récupérées par des féministes extrémistes qui font des amalgames à tout bout de champ et en regardant régulièrement les journaux, il est facile de voir les nombreux abus qui existent. Merci de ne pas être tombé dans ces travers en nuançant vos propos.
      Je pense pour ma part que le féministe a démontré tous ses travers et qu’il est nécessaire d’aller au-delà de ces petites réflexions « On protège son sexe ». Au lieu de parler de lutter contre le harcèlement des femmes, pourquoi ne pas lutter contre le harcèlement en général? (hommes/femmes mais également des enfants à l’école). Idem pour les violences conjugales et bien d’autres sujets encore. Pour moi la lutte est aujourd’hui au point mort à cause de tous ces groupes qui ne représentent personne. Même les anciennes personnes qui luttent pour le droit des femmes ne se reconnaissent plus dans ces nouvelles combattantes violentes (Simone vieil, ….).
      j’ai pu observer les nombreuses dérives de ces groupuscules dans les pays ou le féminisme 2.0 est aujourd’hui en place. Non seulement ça n’a pas réglé les problèmes mais en plus, les tensions entre les hommes et les femmes n’ont jamais été aussi élevées.
      Je suis humaniste et je pense sincèrement qu’il faut dépasser ces clivages en commençant par appliquer la même loi pour tous et toute, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
      Il faut condamner uniquement la minorité d’hommes et de femmes réellement sexistes, harceleurs, qui manque de savoir-vivre, etc …
      C’est trop l’hystérie pour avoir une vraie réflexion en profondeur des nombreux problèmes de notre société.

      • Nathalie Giraud Sexotherapeute Nathalie Giraud Sexotherapeute affirme: juin 20, 2018 at 11:36

        Bonsoir Karl,

        Bien sûr que je suis pour instaurer, dès l’école primaire, une éducation au respect de la différence, par des jeux de rôle, des visionnages de film, des débats etc. Il existe aussi des jeux pour apprendre ce que veut dire le « consentement », les limites, aux enfants comme aux adultes… Pour cela les pays du norr comme la Suède ou la Finlande sont nettement en avance sur nous !

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