Charge mentale : quand trop d’égalité nuit à la sexualité du couple !

Charge mentale : quand trop d’égalité nuit à la sexualité du couple !
06 Août 2017

La charge mentale qui pèse sur les femmes en couple est sans doute LE sujet de ces derniers mois. Porté par Emma, dessinatrice à ses heures, « féministe et révolutionnaire », des milliers de femmes se sont rapidement reconnues dans ses dessins. Pourtant, j’ai pu constater qu’un schéma paritaire, égalitaire, « réciprocitaire » produit des effets à rebours de ceux attendus : la stricte répartition des charges ménagères, administratives, familiales, éducatives…, peut se révéler néfaste pour la sexualité du couple ! Sauf si …

Qu’appelle-t-on charge mentale ?

Comme son nom l’indique, la charge mentale désigne un poids quasi permanent qui occupe les pensées, est centré vers les autres et occupe tout l’espace du mental. Peu ou plus de place pour le ressenti, les besoins de son corps, la légèreté ou la spontanéité du moment. Le sentiment de devoir tout faire toute seule, d’être submergée par le flot continu de tâches à faire, à prévoir, à organiser.

Pour la chercheuse canadienne Nicole Brais, la « charge mentale » se définit comme « ce travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence ».

Partager la charge mentale, oui mais …

Ceux que j’appellerai Valérie et Vincent semblent à première vue avoir adopté un mode de fonctionnement idéal fondé sur des rapports strictement égalitaires. Pourtant, ce couple venu en consultation n’a plus de sexualité. Vincent me raconte leur quotidien et le partage des tâches pesé au trébuchet : si Valérie passe l’aspirateur, il fait la vaisselle. Si elle sort la poubelle, il débarrasse le lave-vaisselle, et ainsi de suite. Chacun se sent ainsi à parité avec l’autre. Dans ces conditions de respect mutuel, difficile de voir ce qui dysfonctionne.

Parité + réciprocité : quand l’équation dysfonctionne

Eh bien, c’est précisément cette parité stricte que j’ai été interroger ! Dans cette attente qu’elle fait peser sur le couple. A l’action de Valérie doit correspondre une réponse proportionnée de Vincent et réciproquement. Ce qui suppose qu’Irène ou Jean ne peuvent rien « donner » deux fois. Ils doivent attendre que l’autre ait agi. Vincent n’a rien fait ? Valérie ne fera rien non plus !

L’argument bancal du : « C’est à ton tour »

Le fait de partager équitablement les tâches et donc de soulager Valérie d’une partie de ce poids n’a pas eu l’effet escompté. Leur vie de couple se cantonne désormais à ces échanges ménagers. Ils ont inconsciemment coupé leur élan dans cette attente.

Le désir légitime de réciprocité formulé par Valérie, accepté par Vincent par respect pour sa femme, s’est transformé en piège.

La demande était pourtant bien fondée : « Je ne prends pas tout en charge, tu es aussi responsable. » Paradoxalement, elle a ôté sa responsabilité à Vincent. S’il n’agit pas c’est parce qu’Irène n’a pas fait sa part du contrat !

Et la spontanéité dans tout ça ? Passée par pertes et profits : un fonctionnement inhibant pour la sexualité.

Un donné sans rendu ou la pratique de la gratuité au sein du couple

Il a fallu que Valérie et Vincent prennent conscience que leur mode de fonctionnement était totalement inhibant pour leur sexualité. Je leur ai donc suggéré d’instaurer des plages de gratuité : tendresse gratuite, caresses gratuites… Comme un cadeau qui n’attend pas une faveur en retour. Le principe a été difficile a mettre en œuvre tant la réciprocité semblait engrammée.

Pourtant, c’est bel et bien ainsi qu’ils ont réussi à réintroduire de la spontanéité, de la liberté et de la puissance.

Ne plus agir en vue d’une gratification sexuelle, quelle révolution !

Valérie qui attendait d’être surprise a enfin pu l’être. Il n’était plus question de donner en vue d’une gratification. Vincent n’attendait plus que sa femme le récompense sexuellement pour avoir descendu la poubelle !

Une fois cette règle de stricte réciprocité abolie, nous avons travaillé ensemble sur le partage de certaines tâches. Je leur ai proposé de réfléchir à une situation plus équilibrée. Ils se sont mis d’accord sur une répartition équitable et non plus égalitaire satisfaisante pour chacun. Il est devenu possible que l’un s’occupe de la cuisine et l’autre des enfants.

L’exemple de Valérie et Vincent est symptomatique de deux modes de communication parallèles que j’ai maintes fois eu à traiter.

Quitter une posture infantile et ne plus dire : « Demande-moi »

Les effets pervers du « Demande-moi et je ferai »

Quand monsieur dit : « Demande-moi et je ferai », sous-entendant : Je suis à ton service, il s’exonère de sa responsabilité. Il n’agit pas en adulte mais en petit garçon. Il se place dans la situation infantile d’autrefois, quand sa mère lui disait : « Fais-ci, fais ça ! ». En analyse transactionnelle, cette posture ramène à l' »enfant soumis » qui rencontre le « parent normatif » voire critique.

Pourtant, quand il dit : « Tu n’as qu’a me demander / surtout demande-moi», il pense sincèrement faire plaisir et s’étonne d’obtenir l’effet contraire : celui d’horripiler sa compagne. Car comment ne pas s’énerver quand « son homme » enjambe la pile de linge sale, sous prétexte que vous ne lui avez pas demandé de la transférer dans le tambour du lave-linge ? Hein, comment rester zen parce que « son homme », pas son enfant (!) , n’a décidément rien compris ?!

Le sentiment d’équilibre, de répartition équitable des charges quelle qu’en soit la nature est vital pour la bonne santé du couple. Il permet aux femmes de se sentir soutenues et non portées ou « paternisées ».

Alléger la charge mentale passe par la compréhension des besoins premiers

Cette répartition peut se faire de manières très différentes propres au couple. Mais il est nécessaire d’ en parler, donc proposer son aide. Cela permet aux femmes de ne pas être dans cet insupportable état de demande permanente qui les place, qui nous place (je ne m’exonère pas du lot) en situation d’emmerdeuses, de quémandeuses et de pauvresses !

Pour en revenir au poids de la charge mentale, j’ai pu constater que l’une des clés d’une sexualité épanouie n’est pas seulement dans le partage des tâches. Elle réside dans le soutien que les hommes apportent aux femmes, dans la compréhension de leurs besoins d’aide. Et je rejoins Marisa Ortolan lorsqu’elle soutient que le féminin ne s’épanouit que dans un contexte secure : il doit se sentir parfaitement accueilli, sans intention ni projet d’être possédé. Dans cet état d’être et d’esprit, le féminin fleurit. »

Répartir la charge et agir

En cessant de dire : « Demande-moi, je suis à ton service », l’homme quitte l’irresponsabilité et l’attente passive d’une gratification sexuelle en retour de son aide, comportement horripilant pour les femmes qui le voit venir « gros comme un camion ». En agissant SPONTANEMENT, sans attendre d’être nécessairement remercié, il s’arroge le rôle de chevalier servant qui présente bien plus d’avantages, y compris sur le plan sexuel.

Maintenant vous êtes prêts à vous ac-cueillir l’un l’autre !

Ps. Le cycle de Tantra Tendresse que je propose en co-animation avec Stéphane Videloup explore différentes voies de compréhension et d’amour en conscience pour le couple ainsi que les personnes qui viennent seules.

Pour en savoir plus sur le tantrisme, mode d’emploi stage Tantra

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Nathalie Giraud Sexotherapeute
Nathalie Giraud Sexotherapeute

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