La guerre des XX et des XY n’aura pas lieu

18 Jan 2006

Depuis l’opus de John Gray, on avait admis que la fondamentale différence physionomique et chromosomique qui sépare l’humanité en deux parties n’était pas le facteur majeur de différenciation entre les sexes : les modes de communication respectifs apparaissant structurants dans les rapports inégaux et parfois houleux qu’ils entretiennent.

Or, la troisième vague de l’Observatoire Vania met en évidence les efforts entrepris par les hommes pour mieux comprendre l’intimité des femmes et en percer les mystères.

La fin de l’homme mutique…

Avec le livre Les Hommes viennent de Mars, les Femmes viennent de Vénus, on s’était félicité de la reconnaissance du besoin constitutionnel des femmes de longuement débattre de leurs inquiétudes, sans chercher pour autant à les résoudre.
Dans le registre de la confidence, une précédente enquête Ipsos pour Vania avait par ailleurs consacré la place privilégiée de leur compagnon, au rang de « meilleure amie des femmes ».
Toutefois, les différences de discours mises en exergue par John Gray dans son ouvrage faisaient craindre le pire quant à la capacité masculine à maîtriser le bilinguisme nécessaire à la compréhension de leur compagne.
Cette troisième édition de l’Observatoire Vania apporte quelques démentis à ce postulat : lorsqu’il s’agit de comprendre la femme, le sexe – dit fort – s’efforce de s’illustrer.

Tout d’abord, on croyait les hommes voués à l’hibernation dans une caverne introspective lorsqu’ils en décousent avec leurs problèmes. On avait intégré leur droit à l’isolement et au silence. Cette nouvelle enquête Vania signe la fin de l’homme mutique : on y découvre un mâle pour lequel l’intimité se partage et en complète recherche de décryptage de sa moitié. Interrogés sur la place qu’ils tiennent dans les conversations des femmes sur leur intimité, qu’il s’agisse d’évoquer leur sexualité, leurs angoisses ou le rapport qu’elles entretiennent à leur corps, les hommes revendiquent le podium du confident, loin devant la meilleure amie ou la mère de leur compagne. Constat confirmé par les femmes que nous avions interrogées il y a un an.

De même, l’homme contemporain s’emploie à l’échange dans le couple et le valorise : 73% d’entre eux décrivent leur relation amoureuse comme fusionnelle et plus de la moitié revendiquent la transparence dans leur union (57% d’entre eux affirmant tout dire à leur chérie et trouver que c’est tant mieux).
Plus encore, témoin actif d’une appropriation du discours ambiant sur les vertus du dialogue, même s’il n’en est pas toujours l’instigateur, l’homme repousse les contours du continent noir, cherche à en comprendre les méandres : plus de 9 interviewés sur 10 jugent important de comprendre le ressenti de leur partenaire sur sa sexualité ou sa grossesse et autant se trouvent à l’aise pour en parler librement… surtout lorsqu’il s’agit de sexe, sujet sur lequel l’homme n’hésite pas à provoquer l’échange. …

Mais le mystère féminin reste mal décrypté

Face à ce constat, on aurait tôt fait de conclure à l’osmose grâce à l’éclatante victoire des valeurs féminines chez le mâle moderne. Force est toutefois de nuancer ; si la guerre des chromosomes n’a pas lieu, c’est peut-être que les deux sexes sont diplomates (ou s’y emploient) : leurs différences existent, notamment entre les jambes, et pas uniquement pour des raisons génétiques.

L’intimité des femmes est en effet essentiellement régie par leur affectivité, dont leur famille devient au fil de sa constitution, l’épicentre (54% de citations versus 40% pour la sexualité). Les hommes définissent leur intimité de façon moins monolithique : si comme pour les femmes, la création d’un foyer modifie leurs perceptions, le rapport à la sexualité et aux relations amoureuses (45% et 43% de citations) est au moins aussi fondateur de leur identité intime que la famille (45% de citations). Rien d’étonnant donc à ce que les hommes se sentent non seulement à l’aise, mais revendiquent une posture d’initiateurs du dialogue sur la sexualité dans le couple.

Là où l’on craint les frictions, c’est que la sexualité est sœur jumelle de la corporéité. Or, les femmes entretiennent à leur corps un rapport très cérébral et intime, qui échappe à l’homme pour les raisons inverses : ils sont en effet deux moins nombreux que le genre féminin à considérer leur corps comme composante essentielle de leur intimité (12% contre 26%). De fait, les mâles sous-évaluent la pudeur corporelle de leur compagne (en particulier les plus jeunes et les plus âgés) et n’ayant pas intégré l’affectivité dont le corps est le siège, décryptent mal l’épanouissement de leur partenaire. Seulement 12% des hommes voient leur compagne épanouie corps et âme… contre 32% d’entre elles !

Traduction dans les faits : la gestion par Monsieur du complexe physique de Madame.
Tout en s’en trouvant à la fois touchés et agacés (43%), ils s’efforcent en majorité d’endosser le rôle de coach et s’improvisent conseillers (69%). Quelque soit le niveau de qualité du conseil, on pourra traduire cet effort par une volonté d’implication. Néanmoins, aussi amoureux soient-ils, les hommes ne sont pas aveugles et n’opposent pas de ferme démenti aux complexes de leur compagne. Un quart d’entre eux les trouvent même justifiés. Concernant cette bienveillance distanciée, quoique l’enquête n’apporte pas en miroir la réponse des femmes, on peut craindre l’orage… A se demander si parfois on ne regretterait pas le temps de l’homme mutique ?

« Cette enquête confirme de manière éclatante la prodigieuse transformation des relations entre la femme et l’homme, et particulièrement l’évolution historique de ce dernier. Dire « historique » n’est pas exagéré : pendant quelques 20.000 ans l’homme avait réprimé la féminité – la sienne autant que celle de la femme – et là, sous nos yeux, voilà qu’il change de comportement ; sa sensibilité se libère, sa compréhension de la femme s’améliore, sa parole s’ouvre vis-à-vis de sa compagne et de ses propres émotions. Certes, il lui reste des réserves et des peurs, mais le coup de projecteur que constitue cette enquête contribuera à accélérer la transformation de l’homme et l’harmonisation de ses rapports avec la femme. » Docteur Gérard Leleu

Coralie Cazeils Directeur du Département Corporate et Stratégie d’entreprise – Ipsos Public Affairs coralie.cazeils@ipsos.com

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Nathalie Giraud Sexotherapeute
Nathalie Giraud Sexotherapeute

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