L’Envers de la Jalousie

28 Fév 2008

Saviez-vous qu’il existe un sentiment inverse de la jalousie ? Il se nomme « compersion » en anglais et renvoie au bonheur éprouvé lorsque la personne aimée éprouve du plaisir avec quelqu’un d’autre.
La jalousie est un sentiment très désagréable qui touche de nombreuses personnes. Elle apparaît et se développe principalement dans le domaine des relations amoureuses. La plupart d’entre nous, si ce n’est la totalité, l’ont déjà éprouvée au cours de leur existence, ce qui laisse à penser que la jalousie est instinctive. Mais que dire alors du sentiment inverse, appelé en anglais compersion, sans traduction française à ce jour (à ma connaissance) ? Le sujet mérite donc que l’on s’y attarde…

Nous avons tous déjà éprouvé de la jalousie
Tout d’abord, la jalousie amoureuse ou sexuelle, qui apparaît lorsque l’exclusivité d’une relation d’amour est menacée, semble universelle. En effet, toutes les peuplades et tribus visitées par les anthropologues connaissent la jalousie sexuelle, même si chaque culture ne lui donne pas un cadre d’expression identique. Les psychologues expliquent ce phénomène comme étant une ruse de la nature pour augmenter les chances de survie du bébé.

Augmenter les chances de survie du bébé
En effet, la jalousie sexuelle vise un but bien précis : garder l’exclusivité de la relation avec le partenaire. Cette exclusivité est favorable au développement et à la croissance des enfants issus de cette union. Pensons à nos lointains ancêtres qui vivaient encore dans des cavernes. En ce temps-là, les assurances sociales ne couvraient pas les femmes enceintes et le congé maternité n’avait pas encore été instauré. Sans un compagnon pour veiller sur elle et satisfaire ses besoins alimentaires, la future mère, ainsi que celle entichée d’un nouveau-né fragile, voyait ses chances de survie sérieusement hypothéquées.

Garder l’exclusivité de la relation
En favorisant un lien exclusif entre les parents, la jalousie sexuelle augmentait les probabilités de survie des petits. Cette conception de la jalousie, aussi archaïque soit-elle, est soutenue par un argument de poids : au niveau des espèces, plus le temps de gestation et de dépendance des petits est élevé, et plus le couple parental s’attache durablement et exclusivement. En d’autres termes, la monogamie n’apparaît que chez les espèces où le temps de sevrage est allongé. Chez les oiseaux, elle concerne 90% des espèces alors que chez les mammifères, elle ne touche que 5% des 4000 espèces recensées, dont les humains où le temps de gestation et d’éducation des enfants est extraordinairement long.

La monogamie animale est affaire de temps de sevrage
Il semble donc que la jalousie soit inscrite en nous. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’on doive subir sa loi. D’ailleurs, par ses comportements de contrôle, le grand jaloux finit par faire fuir ses partenaires plutôt qu’il ne les retient ! Celui-ci a en effet tendance à surveiller la personne dont il est épris ; il tente de restreindre les contacts qu’elle entretient avec d’autres, allant jusqu’à l’isoler ; enfin il la soupçonne de le tromper et ne cesse de l’interroger sur ses faits et gestes. Tout pour plaire !

Le grand jaloux fait fuir plutôt qu’il ne retient
Ainsi, même si la jalousie a un fondement biologique, sa manifestation doit être canalisée. Et de fait, il est possible de travailler sur sa jalousie. De nombreuses méthodes psychologiques ont été élaborées à cette fin. Par exemple en augmentant l’estime et la confiance en soi, ou encore en apprenant à relativiser les pensées qui déclenchent la crise (du type : « Mon conjoint regarde cette femme ; je suis sûre qu’il est attiré par elle ; il va me tromper si l’occasion se présente ; il va me quitter pour elle… »).

Relativiser les pensées qui provoquent la crise
Il est donc possible de diminuer l’intensité de sa jalousie, voire même de s’en débarrasser complètement. Certaines personnes arrivent ainsi à renverser ce sentiment en son contraire : éprouver de la joie en pensant au bonheur de la personne que l’on aime ayant du plaisir avec autrui. C’est une sorte d’empathie, qui n’a rien à voir avec le voyeurisme. Les américains ont créé un terme pour ce ressenti particulier : compersion (dont je n’ai pas encore trouvé de traduction française).

Un long travail sur soi
Ce sentiment de compersion, de réjouissance à l’idée du bonheur de notre partenaire amoureux, fût-il dans les bras d’autrui, n’est de loin pas facile à ressentir. C’est sans doute l’aboutissement ultime d’un travail sur soi de longue haleine. Mais il est intéressant de noter son existence, de par le témoignage de certaines personnes ayant réussi cette transmutation. Cela nous montre en tout cas que la jalousie n’est pas une fatalité !

Avec l’aimable autorisation d’Yves-Alexandre Thalmann

Share

Nathalie Giraud Sexotherapeute
Nathalie Giraud Sexotherapeute

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *