L’infidélité promise et consentie : une interview d’Eve de Candaulie

L’infidélité promise et consentie : une interview d’Eve de Candaulie
11 Déc 2018

Merci à Eve de Candaulie, auteure de « L’infidélité Promise » pour ses réponses à mon interview. Je viens d’apprendre qu’elle adore les histoires d’amour romantique ! Elle a ainsi beaucoup apprécié le film « César et Rosalie » qu’elle est allée regarder pour répondre aux questions posées.

Sorti il y plus d’un an aux éditions Tabou, ce livre est la suite transgressive de « Mon mari est un homme formidable ».  Fidèle à son style, Eve nous livre le témoignage candide d’une femme libertine libre dans sa sexualité et ses rencontres jouissives qui en s’attachant à un autre homme, David, doit faire face à ses choix de vie.

NGD : Dans « L’infidélité promise », vous tombez amoureuse de David et ça nous fait penser au David de « César et Rosalie », le film de Claude Sautet, qui évoque aussi une relation triangulaire. Dites-nous comment ça marche, le ménage à trois ?

EVE : Le personnage de David m’a été inspiré par le David de Michel-Ange dont je suis éperdument tombée amoureuse à l’adolescence en visitant Florence. L’amant dont je parle dans le livre et qui a fait chavirer mon cœur lui ressemblait physiquement. Il était très musclé, assez sculptural. La référence que vous faites au film de Claude Sautet est tout à fait pertinente. Ce film est très beau, il parle de l’amour romantique d’une femme à l’égard de deux hommes. Mais une femme qui aime deux hommes, ça n’est pas forcément égal à trois personnes qui s’aiment. Et le film, tout comme Jules et Jim que je cite dans mon livre, prend le point de vue du regard masculin. Les hommes ne semblent pas comprendre ce qu’attend la femme au centre de ces ménages à trois, et développent une forte amitié entre eux. L’intimité de la relation entre deux hommes est questionnée. La question de la possessivité est centrale dans César et Rosalie. Celle de l’autonomie de la femme est également bien traitée. Romy Schneider campe un personnage qui s’est déjà marié, qui a déjà une petite fille, qui est brillante, polyglotte, et capable de vivre sans homme à Grenoble. Et ce film finit bien, ce qui est exceptionnel concernant les histoires de ménage à trois dans la littérature et le cinéma. Dans mon couple, c’est plutôt mon mari qui m’aime sans vouloir me posséder. Il est candauliste, mes amants savent que je l’aime lorsque des sentiments naissent entre nous. Mais tout le monde n’est pas prêt à s’engager dans une relation polyamoureuse.

NGD : On a quand même l’impression que votre mari ne contrôle plus grand-chose et qu’au fond si son ressenti lui appartient, son sort vous indiffère un peu. D ailleurs, vous parlez de lui de façon plus distanciée. Le candaulisme, c’est l’adieu au couple ?

EVE : Mon couple c’est mon quotidien. Nous sommes très liés et désireux d’entretenir l’amour qui nous unit avec mon mari. Souvent mes lectrices et lecteurs trouvent que je ne parle pas assez de lui dans mes livres. C’est en partie volontaire, parce qu’il est pour moi une évidence : celui qui cherche mon bonheur autant que le sien. Nous nous sentons liés mais autonomes l’un envers l’autre. Le candaulisme place le couple comme un pilier, un espace où le se sent en sécurité, et qui ne freine en rien l’ouverture vers d’autres partenaires. David nous avait un peu éloigné l’un de l’autre au plus fort de notre relation. Je tenais à être transparente sur ce point.

NGD : Un certain Pamy, dans le livre, dit que vous avez le « bonheur communicatif » d’une femme sexuellement épanouie. Le secret, c est la pluralité des partenaires et le polyamour ?

EVE : Mon enthousiasme est principalement lié à ma personnalité et au fait que mes parents m’ont expliqué la sexualité sans honte, avec beaucoup de bienveillance à mon égard. Quand je suis dans une soirée pluralité ou dans une relation polyamoureuse, c’est mon choix. Je le vis comme une chance. Vivre est une chance. Vivre intensément des moments exaltants, en connexion avec d’autres personnes qui vous désirent et que vous désirez, est un instant de grâce à l’échelle d’une vie humaine.

NGD : À la dernière page du livre, vous vous décrivez comme « infidèle, jalouse et…monogame », ce qui est assez paradoxal. Pour vous, la monogamie, ce sont des fidélités successives ?

EVE : À la toute fin du livre, je voulais expliquer qu’avant de connaître mon mari, j’aurais pensé avoir une vie monogame, car je suis spontanément assez jalouse. Et pourtant, j’ai vécu les vingt dernières années de ma vie en couple libre et j’arrive de plus en plus à dépasser le sentiment de jalousie (parce qu’on ne vit qu’une fois et que personne ne nous appartient jamais).

L’infidélité dans le candaulisme est une infidélité promise et consentie.

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Nathalie Giraud Sexotherapeute
Nathalie Giraud Sexotherapeute

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