Miettes de Coeur

28 Fév 2012

Miettes de coeur, la fin d’une histoire d’amour Ecrite par par D

Mon cœur a explosé aujourd’hui. C’est un phénomène rare, chez moi, de saigner à ce point. Mes autres amies intimes ne me comprendraient pas et j’essuierais chez elles les sarcasmes d’une jalousie qui rajouteraient un peu de sel et de vinaigre sur la plaie.

Voila, j’aime. Évidemment j’aime tous ceux avec qui je fais l’amour – je ne concevrais pas la chose autrement. Mais il y a de si nombreuses façons d’aimer, aimer de tendresse, aimer de désir, aimer par amitié… Il y a en ce moment deux personnes que j’aime d’amour-passion et deux seulement – de cette passion où si l’autre venait à manquer, c’est un univers qui prendrait fin. Il y a mon époux, que j’aime de cette façon là, avec qui je suis depuis si longtemps, qui m’a fait de beaux enfants, qui est tendre et fragile, intelligent et extraordinairement beau, tourmenté, artiste et réaliste, c’est parce qu’il existe qu’aujourd’hui que je ne m’effondre pas et c’est aussi parce que j’existe que lui, si vulnérable, si sensible, n’a pas abandonné de vivre. Inséparables, nous avançons ensemble dans la vie. Et puis, il y a… lui

Nous nous sommes rencontrés il y a cinq mois environ. Nous avons été frappés d’un coup de foudre alors que nous essayons de remettre en ordre un bateau sous l’orage. Trois heures seulement après notre rencontre, nous partagions déjà la chaleur d’une même couchette, et puis, de musique partagée en caresses dans le noir, d’étreintes en baisers, nous avons fini par faire l’amour toute la nuit, puis toutes les nuits qui ont suivi. Et depuis, nous nous aimons d’un amour de feu. Il aime tout ce que j’aime et dans l’autre sens aussi. Il dessine, il fait de la voile, de l’escalade, et adore danser. Il aime me faire l’amour et le fait comme un Dieu.

Les mois ont passé. Il m’aime toujours d’une passion de braises et moi, je n’ai pas de mots pour décrire ce que je ressens pour lui – le temps n’a pas eu d’emprise sur la force de notre amour qui est pour nous une évidence. Mais la réalité de la situation nous a vite rattrapée. Pour protéger mon autre amour, je ne peux être présent pour lui au mieux que quelques heures par semaine. Oh, bien sûr, nous faisons régulièrement des sorties de voile qui nous permettent de nous aimer plusieurs nuits de suite et alors qu’importe le sommeil si le plaisir nous prend et nous reprend à toutes les heures qui nous séparent de l’aube, bercés par la houle qui rythmes nos élans et rapproche nos corps en cadence. Mais comment, le reste de ces mois qui parfois séparent nos sorties, pourrait-il se satisfaire d’une fraction de femme ? Nous nous écrivons tous les jours, nous nous téléphonons souvent, ce qui ne fait que creuser un peu plus le manque de serrer l’autre contre soi. Alors je me mets à penser à quel point cette situation est cruelle pour lui. Et, comme son meilleur ami pourrait le faire pour lui, je lui parle de se chercher une autre princesse et de la déraison qu’il y a à n’attendre que ces miettes de moments où nous sommes ensemble. Je lui parle de son avenir, du besoin de ce même soutien dont je dispose auprès de mon époux et qu’il lui faut trouver. Ils se connaissent, ils s’apprécient – mon époux « sait », sans doute, mais c’est une vérité qu’il ne pourrait ni reconnaître, ni officialiser.

Pour lui, le rencontrer, c’est à chaque fois le rappel d’un bonheur qui nous est réservé et qui lui est refusé – mon cœur se déchire avec le sien de cette injustice. Ma raison est clair, il doit se trouver quelqu’un « à lui », qui soit disponible pour le retrouver le soir, passer ses nuits avec lui, l’aimer comme je n’ai pas le droit de le faire. Mon cœur saigne de le penser en train de se donner à une autre et en même temps, je dois lui dire, parce que je l’aime au delà de tout, parce que je veux son bonheur, qu’il doit trouver quelqu’un d’autre qui lui soit disponible.

Entre deux sorties de voile, pour augmenter les possibilités de se rejoindre, nous prenons l’habitude de faire de l’escalade ensemble, puis la saison avançant, nous partons faire du ski – il skie merveilleusement bien. Il fait une faute de carre, prend une bosse, fait trois saltos et prise d’une vitesse folle, m’emporte dans sa chute. Je me relève, accoure – il est blême, très pâle, se tient le ventre et le poignet. Affolés, nous appelons les secours – il veut vomir, au bord de l’évanouissement. Ce ne sera au final qu’un poignet cassé. La conséquence réduit encore nos possibilités de nous voir – plus de sortie de ski commune, plus possible pour lui de conduire. Il se retrouve privée de moi, cloué dans sa maison et en raccourci, apprend tout ce que « soutien » veut dire quand on doit tout faire d’une seule main. L’absence d’une princesse le ronge et il comprend que j’ai raison, qu’il doit trouver quelqu’un. Et miracle, samedi dernier, la princesse sonne à sa porte. Belle, disponible, blessée par un divorce en cours, intelligente, sensible. Il la connaît depuis longtemps déjà. C’est elle qu’il aurait aimé si en ce jour d’août la foudre ne nous avait pas frappé, lui et moi.

Samedi, il ne se passe « rien » – Elle s’occupe de lui avec attention, lui prépare à manger, fait sa vaisselle – puis repart sans l’embrasser. Il est triste et pleure, toutes les larmes de son corps. Il l’aime. Il m’aime. Il ne veut pas me perdre. Il ne veut pas laisser cette princesse s’échapper – les princesses sont si rares. Alors, le lendemain matin, il lui envoie un message lui demandant pourquoi elle ne l’a pas embrassé – et elle, toute intimidée, de répondre qu’elle n’a juste pas osé. Depuis, elle voyage, ils s’écrivent. Depuis, lui et moi avons fait l’amour tous les jours où nous avons pu, avec passion, avec angoisse aussi de savoir de quoi demain sera fait.

Lui et moi savons que son avenir est en jeu – qu’il n’a pas le droit de gâcher cette chance – qu’il va vivre une formidable histoire d’amour avec elle. Il n’y a aucune hésitation à avoir. Alors je pleure dans ses bras et une goûte salée roule sur sa joue. Il ne veut pas me perdre, je ne veux pas le perdre, mais il doit le faire. Nous nous jurons de continuer à nous aimer comme avant, que rien ne sera changé – de garder nos sorties de voile rien qu’à nous, et d’autres choses aussi comme l’escalade et le ski, lorsqu’à nouveau il pourra. Toutes mes nuits sont blanches, depuis dimanche. Princesse moi-même, je ne crains aucune princesse, sauf qu’elle a sur moi d’être libre pour lui, ce que je ne serai jamais – alors, comment notre amour résistera au temps ? à tout ce temps où lui et moi n’avons pas le droit de nous voir, compliqué à présent par la présence d’une princesse, qui saura ou ne saura pas ce qui se passe entre nous. Ma raison me dit que nous faisons ce qui doit l’être, j’ai un bonheur fou de le savoir heureux même si c’est grâce à une autre – et au même moment, mon cœur est écartelé de le savoir dans d’autres bras – de me dire qu’à l’instant où je pense à lui, il ne pense peut-être pas à moi.

Tout ce bonheur et toute cette souffrance me rendent folle.

Elle revient de voyage ce soir…

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Nathalie Giraud Sexotherapeute
Nathalie Giraud Sexotherapeute