Plaisir et sexualité : quand la religion s’en mêle

Plaisir et sexualité : quand la religion s’en mêle
04 Juin 2016

 Au pied du lit matrimonial, Éros ne bande plus !

Sexualité et plaisir : en s’accouplant, deux termes peuvent créer de formidables oxymores, comme celui-ci !

Si si.

En matière de sexualité, l’Église catholique fait toujours du sur place et enchaîne Eros à la procréation, bannissant le plaisir. C’est à peine si elle lui confère le rôle de spectateur de l’union charnelle conjugale. En fait, même pas. Au pied du lit matrimonial (pas d’amour sans mariage), Éros ne bande pas car ses yeux sont bandés.

Je viens juste de lire l’interview revigorante d’André Paul dans Télérama (n° 3462 du 17 mai 2016) et mon Dieu comme elle me parle !

Dans son entretien, le théologien et historien catholique revient sur les rapports compliqués entretenus par l’Église avec la sexualité. Une distance qui remonte loin : au IIe siècle après J.-C., certains philosophes considèrent déjà que la sexualité est réservée à la procréation.

Déjà Platon nous intime de maîtriser notre libido

Ils s’inscrivent dans la pensée de Platon qui suggérait avant eux de maîtriser la libido, « désir nécessaire » (j’avoue que j’avais un peu oublié que le héraut de la maïeutique ou l’art d’accoucher les esprits, avait les idées courtes en matière de sexe).

Marchant sur ses brisées, Philon d’Alexandrie dresse des bûchers autour du désir, initiateur du mal. Poursuivant la pensée de celui-ci, Clément d’Alexandrie assène enfin : l’homme et la femme ne devraient s’unir que pour procréer. Le procréationnisme est né. Et le plaisir est contraire à la loi chrétienne écrit-il. Tous mes poils se dressent, même ceux planqués dans ma culotte quand je poursuis ma lecture : « tout rapport sexuel en dehors de la période féconde de la femme outrage la nature et qu’un homme qui procure du plaisir à sa femme la trompe, car il la traite comme une prostituée ».

J’en ai les ovaires consternés.

Poursuivons ce chemin de croix…

Les Pères de l’Église, saint Augustin en tête, s’engouffrent dans la brèche. Même mariés, monsieur et madame doivent savoir mettre leurs désirs sous l’oreiller et sublimer à… mort ! Faire l’amour c’est pêcher ! Je suis consternée d’avoir à l’écrire.  Mes biens chers frères, mes biens chères soeurs, pas de boogie woogie avant vos prières du soir pourrait chanter Johnny Hallyday … mais ce n’est pas de lui !

La suite me pique les yeux et me fait rire à la fois lorsque je lis qu’il faudrait, comme les éléphants, faire l’amour tous les deux ans… Là, c’est François de Sales s’inspirant de Pline l’Ancien qui s’y colle pour la métaphore animalière.

Nonobstant les diktats et les bûchers, l’homme a su tracer sa route voluptueuse. Quel courage quand j’y pense !

Moi, du courage, j’en manque un peu au moment de poursuivre ma lecture. C’est passionnant, instructif mais tellement consternant.

Allez : Pie XI, en 1930, salue l’union chaste d’un homme et d’une femme et sort son goupillon pour assommer les couples qui copulent en prenant leur pied. Ca y est je pleure !

Il faut attendre Pie XII et les années cinquante pour envisager la possibilité de faire l’amour en dehors de la stricte période d’ovulation. Je respire… à peine !

Bouhhh.

Ecce Homo peinture du Christ avec une érection de Maerten Van Heemskerck

Ecce Homo de Maerten Van Heemskerck

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Ecce Homo de Maerten Van Heemskerck – L’Homme de Douleurs

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Gravure de Ludwig Krug vers 1520

Depuis cette prise de position… progressiste (si !), c’est calme plat et encycliques virulentes. Faire l’amour pour le plaisir point n’est question. Pourtant, comme le fait remarquer finement André Paul :

« L’incarnation veut que Jésus ait eu une libido. Aucun théologien ne l’a jamais nié. Du Moyen Âge à la Renaissance, on n’a jamais brûlé les tableaux représentant Jésus avec un sexe. »

Pour preuve, il nous renvoie aux deux tableaux Ecce homo de 1525 et 1532 du peintre flamand Maerten Van Heemskerck. On y distingue clairement ceci, sans loupe je vous assure ! Rédemption :  Jésus a une érection !

Je dois dire que j’ignorais tout de ces deux peintures que j’ai découvertes à cette occasion.

Tout n’est donc pas perdu.

Mais le chemin vers le plaisir est encore semé d’épines et de voiles pour certain.es

Crédit Photo : erev.rav.com

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Nathalie Giraud Sexotherapeute
Nathalie Giraud Sexotherapeute

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