Soigner l’addiction par la connexion aux autres avec l’IFS, une thérapie innovante

Soigner l’addiction par la connexion aux autres avec l’IFS, une thérapie innovante
05 Déc 2016

Je voudrais vous faire partager cet excellent article en anglais qui conforte ce que j’observe dans ma pratique de sexothérapeute et thérapeute de couple utilisant le modèle de psychothérapie IFS ((Système Familial Intérieur), au sujet de l’addiction sexuelle ou pas, au porno, voire à l’alcool.

« Le contraire de l’addiction c’est la connexion »

L’attention portée à l’autre, le tissage de relations humaines fortes peuvent soigner la détresse émotionnelle. Elles sont aussi un moteur puissant pour traiter les addictions de toutes natures. J’en suis le témoin privilégié lors de mes séances en individuel.

addiction stopCet article s’appuie sur la conférence TED de Johann Hari, journaliste et écrivain britannique.

Au cours de cette conférence de juin 2015, l’auteur du livre : Chasing The Scream – The first and last days of the war on drugs, concluait : « tout ce que vous savez sur l’addiction est faux. L’opposé de l’addiction n’est pas la sobriété. L’opposé de l’addiction c’est la connexion ! »

Affirmation partagée par un nombre croissant d’experts dont le spécialiste de l’addiction Gabor Maté. Pour celui-ci, c’est bien « un traumatisme émotionnel et un sentiment d’abandon » qui nourrissent l’addiction.

Un capital connexions sociales comme paravent à l’addiction !

Dans Une théorie générale de l’amour publiée en 2000, trois professeurs de psychiatrie de l’Université de Californie à San Francisco se sont intéressés au sujet. Sur le plan des neurosciences, ils ont mis en évidence le rôle des connexions sociales pour un développement optimal du cerveau humain.

Ainsi, le soin porté aux bébés dans un environnement riche en amour les immunise psychologiquement et sur le plan neurologique. Quand les choses deviennent difficiles dans leur vie d’adulte, le câblage neuronal mis en place au cours de l’enfance leur procure une résilience émotionnelle.couple uni autour de leur bébé

À l’inverse, les personnes qui ont grandi dans un environnement dépourvu d’affection ou ont été peu entourées sont moins résilientes face à la détresse émotionnelle.

Comment cela est-il relié à l’addiction ? Gabor Maté observe que les personnes addicts avec lesquelles il a travaillé ont connu un très haut niveau de traumatismes dans leur enfance. Par la suite, elles sont moins aptes à gérer la détresse émotionnelle. D’où un risque accru de dépendance aux drogues.

Les traumatismes de l’enfance affectent notre relation aux autres

On sait aujourd’hui que les traumatismes interrompent un câblage neuronal sain, à la fois dans le développement et la maturation du cerveau.

Panneau no man's land et stop dans sa vie affectiveParmi les effets secondaires de ce défaut de câblage, l’un concerne tout particulièrement les enfants. Ceux-ci développent en effet le sentiment diffus que le monde n’est pas sûr ou qu’ils ne peuvent faire confiance à personne. Leur famille, la communauté ou la société ne les protégeront pas.

Cette érosion (ou la destruction complète) du sentiment de confiance provoque un isolement menant au même déficit de connexion que Johann Hari suggère être à l’origine de la dépendance.

Les personnes qui se droguent ou qui boivent de façon compulsive le font pour éviter la douleur de traumatismes passés ravivée par des évènements présents et pour remplacer l’isolement combiné à la peur du tissage de liens dans leur vie.

Se libérer de l’addiction : quand la société répare ce qui est cassé

La solution au problème de la dépendance à un niveau social est à la fois simple et plutôt facile à mettre en œuvre, insiste Johann Harri. Elle est culturelle.

Si une personne est née dans un environnement familial sans amour et sans soutien,

Si, du fait d’autres traumatismes, elle s’est isolée et souffre de dépendance,

La société doit lui redonner l’estime de soi (même si cette personne ne se sent pas estimée par sa famille).

soirée Piment RoseAu Portugal, des programmes conçus spécifiquement pour recréer des connexions entre les addicts et leur communauté ont ainsi permis de diminuer de 50 % la dépendance.

Pour ma part, les évènements Piment Rose que je propose, le groupe FB Pimentrose que j’ai créé, participent dans la création de ce liant avec l’extérieur, avec une communauté de gens ouverts, curieux et bienveillants. Aux  travers de mes propositions d’ateliers, de journées, stages ou de soirées théâtrales thématiques, des rencontres s’opèrent, du lien social, affectif, se tisse.

Je me souviens de quelqu’un en particulier, venu me consulter, et décidant de « faire un break » avec l’alcool après avoir assisté à l’expérience sensorielle « Molly Bloom ».
Molly Bloom l'expérience solo de théatre dans le noirClairement, on peut dire qu’il y a eu un avant et après évènement, un déclencheur  puissant dans sa prise de conscience que c’était possible de sortir de son « no man’s land » intérieur et extérieur.
Alors qu’il ne sortait plus de chez lui en dehors de son travail, cet homme avait réussi à dépasser ses craintes de sortir et à venir. Il avait discuté après la pièce, partageant émotions et ressentis avec des inconnus qui avaient prêté attention à son propre feeling. Ce jour là, il avait réussit à sortir physiquement et psychiquement de son isolement social.
Cette expérience de la relation à autrui et l’intérêt que les autres lui avaient porté, l’ont aidé à enclencher puis à continuer un travail en profondeur pour créer un processus de compréhension puis de distanciation par rapport à l’alcool.

Je me souviens aussi de l’impact de la rencontre, sur un autre de mes clients -avec une part de lui addict au porno – avec Jérôme SoubeyranFilm Ceci est mon corpsd, acteur et réalisateur du film « Ceci est mon corps« , une comédie hors norme, bienveillante, ouverte sur les relations amoureuses et les sexualités. J’avais reçu Jérôme dans le cadre d’une de mes Journées Piment Rose. Cela avait encouragé mon client à aller voir son film, à assister au débat et enfin à vérifier qu’il était possible de parler sexualité en public sans être malade ni pervers…

Trouver en soi-même la solution à l’addiction ou l’utilisation du modèle IFS

« Ne demande pas pourquoi il y a addiction, mais pourquoi tu souffres« , dit Gabor Maté. Je partage son point de vue.

Le (r)établissement de relations humaines solides est crucial dans le traitement immédiat des traumatismes.

IFS dans psychologie Magazine de mai 2016Quand une personne décide finalement de faire face à la douleur qu’elle a pu ressentir pendant des années voire des décennies, elle ne peut faire seule le premier pas.

En tant que praticienne des techniques de psychothérapie IFS (IFS : Internal Family System ou système familial intérieur) fort bien expliquées par le Dr François Le Doze lors de sa conférence TEDx  en juin 2012, j’accompagne mon ou ma cliente sur le chemin de découverte de son monde intérieur constitué par de nombreuses sous-personnalités  ou parties protectrices du système.
C’est le patient qui a les clés de sa propre guérison, dans la rencontre et la compréhension de son enfant intérieur et du rôle spécifique des différentes parties qui le constituent. De là peut venir la libération des poids émotionnels et psychiques, l’ouverture à d’autres croyances pour sortir des schémas répétitifs fatiguants pour le système.
Cette approche est guidée par la sagesse, la compassion, la confiance, la curiosité bienveillante du « Self », les qualités de coeur du client.

« Vous devez vivre avec votre douleur mais vous devez avoir du soutien« , dit encore Gabor Maté.

Là aussi, je le vérifie dans ma pratique de thérapeute. Cette aide extérieure tient essentiellement à la réintroduction de soin et d’attention. Précisément ce qui a manqué dans l’enfance et détermine la création d’une structure neuronale de résilience émotionnelle dans les premières années de la vie.Deux mains qui se serrent

En agissant ainsi, nous recréons ce qui a manqué. Et, grâce à la plasticité neuronale, nous savons maintenant qu’il est possible d’apprendre à un vieux singe de nouvelles grimaces ! Un nouveau câblage neuronal est possible chez un adulte.

Mais bien qu’il soit essentiel pour les personnes dépendantes de se sentir soutenues afin de pouvoir affronter et ressentir la douleur qu’ils ont cherché à éviter, c’est au final un voyage intérieur qu’elles doivent entreprendre.

« Quoi que tu fasses, n’essaie pas d’échapper à ta douleur, mais accueille-la. Parce qu’essayer d’échapper à la douleur provoque plus de douleur« . Je ne peux que vous conseiller la sage lecture de l’ouvrage dont est extrait cet adage : Le Livre tibétain de la vie et de la mort.

Accepter sa douleur à libre de s’aimer : les racines de la guérison

Quand nous sommes jeunes, nos parents prennent soin de nous jusqu’à ce que nous soyons capables de le faire nous-mêmes. Après tout ils ne seront pas là pour le faire à notre place toute notre vie.EStime de soi pour lutter contre l'addiction. Djamel Debouze dans le film S'aimer de Luc Besson

Peut-être que ceci s’applique aussi au plan émotionnel : parce que nos parents nous aiment, nous apprenons à nous aimer nous-même.

Les programmes d’aide portugais ont démontré que les personnes dépendantes voient leur état s’améliorer quand elles se sentent estimées par leur communauté. En leur donnant de la valeur, ces programmes leur permettent d’apprendre à s’estimer eux-mêmes.

Apporter un soutien affectif à une personne dépendante désireuse d’affronter sa douleur émotionnelle c’est, par effet miroir, lui permettre d’apprendre à s’aimer elle-même comme dans le magnifique film de Luc Besson « S’aimer« .

Pour aller plus loin, cliquer sur mon site de sexothérapeute nathalie-giraud.fr pour en savoir plus sur mes consultations à Paris, vers Grasse dans les Alpes-Maritimes et par SKYPE ou téléphone

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Nathalie Giraud Sexotherapeute
Nathalie Giraud Sexotherapeute

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